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TRANSITION.

C’est ainsi que le démon qui l’avait mis au monde pour en faire l’instrument de ses volontés, vit tout ses plans déjoués, et n’en recueillit qu’un nouveau sujet de confusion.

De cette première création, l’imagination poétique de la race bretonne a su tirer un admirable parti. Merlin a non-seulement la connaissance parfaite de l’avenir et du passé ; il peut revêtir toutes les formes, changer l’aspect de tous les objets. Il voit ce qui peut conduire à l’heureux succès des entreprises ; il est naturellement bon, juste, secourable. Cependant le démon ne perd pas tous ses droits ; Merlin ne peut surmonter les exigences de la chair, il ne commande pas à ses sens ; il a, pour les faiblesses de ses amis, des prévenances qu’il serait impossible de justifier. Lui-même est tellement désarmé devant les femmes que, tout en voyant l’abîme dans lequel Viviane veut le plonger, il n’aura pas la force de s’en détourner.

J’ai dit que Robert de Boron avait trouvé dans Geoffroy de Monmouth les éléments du livre de Merlin : quelle énorme distance cependant entre les récits du moine bénédictin et la grande scène par laquelle va débuter le romancier français ! Scène toute biblique, que seront heureux d’imiter les plus grands poëtes des trois derniers siècles, les Tasse, les Mil-