Page:Paris, Paulin - Romans de la Table Ronde, tome 4.djvu/209

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
202
lancelot du lac.

mier des preux : vous seriez donc blâmée d’hésiter à le rejoindre, et de préférer répondre à ce que pourraient désirer vos amis. Ceux-ci doivent oublier leur propre intérêt pour ne voir que l’honneur et le devoir de la dame en laquelle ils vivent plus qu’en eux-mêmes.

« — Et vous, Galehaut, de qui j’ai reçu tant d’honneur, que me conseillez-vous ? — Dame, si vous nous restiez, vous pensez la joie que j’en aurais mais il serait mal à propos de vous donner ce conseil. Je suis de l’avis de Lancelot. Nous n’avons à souhaiter qu’une chose, c’est de ne pas être oubliés et de conserver vos bonnes grâces. »

La reine vit avec joie que ses amis lui donnaient le conseil qu’elle se croyait tenue de suivre. Deux sentiments partageaient son âme ; amour pour Lancelot, dévouement pour le roi. Elle ne s’abusait pas sur la difficulté de concilier la voix de son cœur et le cri de sa conscience. La plus sage, la plus belle et la meilleure des femmes n’avait pas eu de défense contre le plus sage, le plus beau, le plus preux des hommes. Hors ce seul point, elle eût livré son corps et son âme pour le roi son époux, auquel elle gémissait de ne pas s’être uniquement donnée. Maintenant, elle serre dans ses bras tour à tour Galehaut, Lancelot et la dame