Page:Parnasse de la Jeune Belgique, 1887.djvu/52

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L’Oiseau solitaire


La solitude est lourde et sans rien qui la trouble,
Sous les nuages noirs aux rauques grondements
S’étend sans fin la plaine, où les marais dormants
Étalent leur surface empuantie et trouble.

Par la morne étendue un bouquet de roseaux
Pousse de ci, de là ; parfois une cigogne
Sur une patte, au bord d’un marais, se renfrogne
Sans bouger, sans songer, en contemplant les eaux.

Mon âme est ce pays, et pas une pensée
Depuis les jours enfuis ne l’a plus traversée ;
Plus un ancien bonheur, plus un chagrin nouveau :

Rien que mon seul amour, que votre seule image,
Pareille au triste oiseau rêvant du paysage,
Qui veille en ma mémoire et hante mon cerveau.