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L’ÉTAPE

nisme est toujours d’accord avec la Révolution quand il est d’accord avec son principe, et ce principe, j’y reviens, est l’accomplissement des prophéties… »

— « Et moi, j’en reviendrai à la critique historique, » dit Jean à son tour, « dont vous parlez toujours, »

— il s’était tourné vers Crémieu-Dax, — « et puis, quand il s’agit d’en tenir compte, vous vous comportez de manière à justifier le mot de Gœthe, que je voudrais voir mis en exergue à tous les livres pseudo-scientifiques des Kuenen, des Strauss, des Reuss et de tant d’exégètes : l’esprit de l’histoire, c’est l’esprit de ces messieurs… Oui ou non, est-ce un fait que le Christianisme a maintenu, dix-huit siècles durant, les sociétés dans un état de vitalité profonde ? Est-ce un fait que, toutes les fois qu’il a diminué, en Italie à la Renaissance, il y a cent ans en France, le lien moral s’est relâché, et que l’homme s’est dégradé ? Pour prendre la France encore en exemple, est-ce un fait que les grandes périodes de son histoire, le treizième et le dix-septième siècle, ont été celles où, sous un saint Louis, sous un Louis XIII, elle était le plus profondément, le plus absolument catholique ? Est-ce un fait, au contraire, que, depuis 89, nous nous débattons dans l’impuissance à rien fonder qui dure avec les idées antiphysiques de la Révolution ? Non, le Christianisme n’a pas le même principe que cette Révolution. Il en a un contraire, et l’expérience nous autorise à conclure que, de ces deux principes, celui dont l’applica-