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XV


LA COURSE


Dans l’arène voici ce qui se passait : les chevaliers de Chaussey avaient gagné la partie orientale du champ-clos, pendant que le choc avait lieu. Les chevaliers bretons se trouvèrent en face d’eux quand ils voulurent s’élancer au secours de leur duc. Jeannin prit en main sa hache d’armes et chargea le premier ; il passa sur deux cadavres. Les autres combattirent ; quand ils parvinrent à passer, Jeannin avait de l’avance. On le voyait galoper sur la grève normande, et chacun pouvait croire, à cause des lois de la perspective, qu’il gagnait du terrain sur l’Homme de Fer.

L’idée vint à Dunois et à Jean de Rieux de se faire un otage de la personne du roi, mais devant Louis XI la garde écossaise était comme une muraille d’acier. Dunois et Jean Rieux franchirent les premiers l’enceinte ; tous les Bretons s’élancèrent sur leurs traces, laissant dans le champ-clos une demi-douzaine de corps morts. Derrière eux, la foule déborda dans les sables marneux coupés de flaques d’eau, et ce fut un spectacle étrange de voir la cohue tout à coup éparpillée sur l’immense étendue des grèves, rouler comme un flot vers le mont Saint-Michel.

Le flux venait du côté du nord ; la mer mangeait la grande marge des sables. Le vent, qui s’était levé à l’heure de la marée, enveloppait d’une tourbillon chaque groupe de coureurs. À