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LES INDIENS DE LA BAIE D’HUDSON.

que le grand loup magicien de la rivière Columbia, suivant la tradition des Walla-Wallas, plus rusé et le plus habile des manitous, apprit qu’une grande sauterelle magique désolait tout le pays soumis à ses lois. Il résolut immédiatement de se mettre à sa recherche. Il s’avance donc jusque sur les bords de la rivière, et tombe bientôt sur l’objet de sa poursuite. Chacun de ces deux formidables manitous croit qu’il vaut mieux recourir à la ruse pour triompher de son adversaire. Ils commencent, en conséquence, à échanger entre eux des civilités ; puis, afin de s’épouvanter réciproquement, ils se mettent à célébrer leurs exploits merveilleux et à énumérer tout ce qu’ils ont tué et mangé. La sauterelle dit au loup que la meilleure manière de prouver lequel des deux a le plus dévoré est que chacun vomit le contenu de son estomac ; celui qui vomirait le plus de poil, substance indigestible, montrerait par là qu’il avait dévoré le plus d’animaux, et obtiendrait l’avantage. Le loup y consent ; ils commencent en conséquence avec de grands efforts à vomir tout ce qu’ils ont dans l’estomac. La sauterelle, dans les violentes secousses qu’elle se donne, ferme naturellement les yeux ; le loup s’en aperçoit, et tira adroitement de son côté, sans être découvert, une grande partie de la portion de son adversaire. La sauterelle, voyant que la part du loup surpasse la sienne, abandonne la lutte, et propose au loup l’échange de leurs chemises en signe d’amitié et de réconciliation. Le loup se rend à cette proposition, et demande à la sauterelle de commencer ; celle-ci refuse, et demande au loup la même faveur.

Le loup cède encore à cette exigence, et, se frappant la poitrine, fait soudain disparaître sa chemise. La sau-