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les indiens de la baie d’hudson.
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consent à leur faire le récit de toutes les infortunes qu’ils avaient souffertes. Il raconte, au milieu d’un profond silence, le voyage jusqu’au moment où l’épidémie (la rougeole) avait frappé la bande ; il va pour dire le nom des morts. Dès le premier nom qu’il prononce, un hurlement terrible se fait entendre, les femmes secouent leurs cheveux et gesticulent avec violence. Quand cette émotion se calme, on le persuade, mais à grand’peine, de nommer une seconde victime, une troisième ; il en nomma enfin jusqu’à trente. Les mêmes marques d’une affliction extrême suivent chaque nom prononcé. Ce spectacle me touche fort, malgré ma longue habitude des mœurs indigènes. Je restais auprès d’eux, sur un tronc d’arbre, avec l’interprète du fort, qui m’expliquait le discours de l’Indien ; ce discours dura près de trois heures. Après cela, l’agitation augmenta tellement, qu’on craignît dans le fort quelque mouvement hostile contre l’établissement. Ces craintes, heureusement, furent vaines, car les Indiens savaient distinguer entre la compagnie de Hudson’s Bay et les Américains.

Ils envoyèrent de suite des messagers à cheval dans toutes les directions pour répandre dans les tribus voisines la nouvelle du désastre, et nous conçûmes de vives craintes pour le Dr Whitman et sa famille, vu la gravité des circonstances. Je me décidai donc à aller lui faire part de ce qui arrivait. Je me suis mis en route à six heures du soir, et j’arrivai chez lui en trois heures. Je lui contai l’arrivée du messager et la grande agitation des Indiens ; je lui conseillai fortement de venir s’établir au fort, au moins pour quelque temps, jusqu’à ce que les Indiens fussent un peu calmés, mais il me répondit qu’il avait vécu si longtemps parmi eux, et qu’il