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les indiens de la baie d’hudson.

affaires indiennes, me raconta sur lui comme trait de mœurs l’anecdote suivante : « Sigennok avait dans sa jeunesse l’habitude de boire à l’excès, et dans l’ivresse devenait tellement furieux qu’on devait le réduire par la violence : mais comme cette besogne n’était pas sans danger, eu égard à la force herculéenne de Sigennok, ses amis avaient pris le parti de l’encourager à boire au point de le rendre insensible, plutôt que de s’exposer à toutes ses colères. Un jour qu’il se trouvait dans cet état d’abrutissement, le capitaine Anderson le vit couché devant sa loge et lui attacha les pieds et les poings avec de grosses cordes ; puis il mit un enfant très-faible pour le garder. M. Anderson donna ordre à ce dernier de venir l’avertir au moment du réveil de l’ivrogne, et de ne nommer sous aucun prétexte à Sigennok la personne qui l’avait lié. Quelques heures après, Sigennok revint à lui, et demanda avec colère à l’enfant qui avait osé le traiter d’une aussi indigne façon. Le petit bonhomme, sans répondre à la question, courut au capitaine Anderson. Celui ci se rendit tout de suite vers le prisonnier, qui lui adressa les mêmes questions qu’à l’enfant, et demanda avec rage sa mise en liberté. Le capitaine lui répondit qu’il avait été lié par ses propres ordres, et exposé ainsi pendant plusieurs heures aux moqueries de tout le camp. Il profita de l’occasion pour insister sur l’humiliation à laquelle un guerrier comme lui s’exposait, uniquement pour satisfaire au goût ignoble qui le mettait au-dessous de la brute.

« Sigennok, humilié dans son amour-propre en se voyant ainsi confié au plus humble de sa tribu, résolut immédiatement de renoncer pour jamais à sa funeste passion, et promit au capitaine Anderson de ne plus