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LES INDIENS DE LA BAIE D’HUDSON.

13 janvier. — Nous nous mîmes en route à une heure du matin et nous suivîmes un sentier tracé par les bisons le long de la rivière ; nos carrioles versèrent plus d’une fois dans les ornières. Après avoir tué trois bisons sur le rivage, nous déjeunâmes ; deux veaux, appartenant sans doute aux animaux tués, restèrent à quelque distance de notre feu, tout le temps que dura notre repas.

Quittant alors la rivière, nous franchîmes successivement plusieurs collines ; à la nuit nous arrivâmes à la loge d’un chef nommé Bras-cassé, qui nous reçut très-amicalement. Il étendit des peaux de bisons pour nous faire asseoir, et nous servit ce qu’il put trouver de meilleur dans ses provisions. Après le souper, le chef coupa du tabac et remplit une élégante pipe de pierre ; il y fuma pendant quelques instants, puis me la tendit ; mais, quand je voulus la lui rendre, il me pria de l’accepter comme un présent de sa part. La loge se remplit bientôt d’indiens, curieux de voir les étrangers, et d’apprendre les nouvelles. Parmi les visiteurs se trouvait le gendre du chef. Selon la coutume indienne, il s’assit le dos tourné à son beau-père et à sa belle-mère, et ne leur adressa la parole que par l’entremise d’un tiers. Cette grande réserve se garde jusqu’à ce que le gendre se soit montré digne de s’adresser personnellement aux parents de sa femme en tuant un ennemi à cheveux blancs ; on lui permet alors de porter une robe garnie des cheveux des scalps enlevés à l’ennemi. Je remarquai que l’une des jambes de la culotte du jeune homme était tacheté avec de la terre rouge, tandis que l’autre ne l’était pas ; j’en demandai la raison, et l’on me répondit que la jambe tachée avait été blessée, et que la terre rouge représentait le sang.