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LES INDIENS DE LA BAIE D’HUDSON.

Pendant tout son discours, il ne cessa de verser des larmes abondantes. C’est ce que les Indiens appellent pleurer pour la guerre.

Il semblait si absorbé par son sujet, qu’à demi-nu il se montrait insensible à un froid très-intense, le thermomètre marquant 30 à 40 degrés au-dessous de zéro.

Le jour suivant, j’essayai de le décider à ouvrir l’étui des pipes ; il me refusa d’abord, mais ayant entendu dire que j’étais un grand magicien et qu’en les dessinant j’augmenterais de beaucoup leur efficacité quand on les ouvrirait ensuite sur le champ de bataille, il les ouvrit avec les cérémonies suivantes. D’abord, il prit un charbon dans le feu et répandit dessus les feuilles sèches d’une plante recueillie dans les montagnes Rocheuses. La fumée qui en sortait remplit la place d’une odeur parfumée, pareille à celle de l’encens. Pendant ce temps, il remplit les fourneaux des pipes avec du tabac mélangé à une autre herbe, puis il ôta ses vêtements, à l’exception de sa culotte.

Voyant que je regardais avec une sorte de méfiant mépris les vêtements qu’il venait de quitter, il me dit qu’il en possédait de meilleurs, mais que les coutumes de sa tribu ne lui permettaient pas de les porter, parce qu’il portait le deuil de quatre parents tués par les Pieds-Noirs l’année d’avant. Il mit cependant ses beaux habits quelques moments après, parce que je lui dis que la reine verrait mon dessin. Jetant alors sur ses épaules la peau d’un loup, ornée à la mode indienne, il enleva les enveloppes de cuir qui couvraient un des tuyaux, l’introduisit dans un des fourneaux rempli de tabac et commença une chanson dont il me fut impossible de comprendre un mot.