Page:Paul Kane - Les Indiens de la baie d'Hudson.djvu/73

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une grosse bourrasque sépara les bateaux, et nous jeta sur un rocher au milieu des eaux. Nous dûmes y rester deux nuits et un jour, sans un morceau de bois pour foire du feu, et exposés à une telle pluie qu’il nous fut impossible de dresser une tente. Dans le lointain, nous apercevions à terre nos compagnons plus fortunés, sous leur tente confortable, se chauffant devant un bon feu ; mais la bourrasque était si terrible que nous n’osâmes pas nous hasarder à quitter notre abri.

Le 16, nous pûmes rejoindre nos compagnons ; le feu et un bon repas nous remirent bientôt, et on repartit malgré le temps encore gros.

Ce lac, de trois cents milles environ, est si bas que, par les grands vents, la boue du fond remonte à la surface, ce qui lui a valu le nom de lac Winnipeg, ou lac boueux. Les vagues s’élevèrent tellement que la plupart des hommes furent malades, et que nous fûmes obligés de nous échouer, ne trouvant pas d’endroit pour débarquer. On vida les bateaux tant bien que mal, et nous restâmes dans cet endroit jusqu’au 18, occupés à tirer les canards et les mouettes, qui s’y tenaient en abondance, et qui fournirent à notre ordinaire.

Le 18 au matin, nous partîmes de bonne heure et arrivâmes dans l’après-midi à l’embouchure de la rivière Saskatchawan. La navigation s’interrompt à la chute que l’on nomme le Grand Rapide, long de trois milles, et qui présente partout une eau écumeuse : les bateaux peuvent le descendre, mais non le remonter.

Un de nos rameurs, nommé Paul Paulet, tomba un jour dans ce rapide, son aviron s’étant cassé, comme il s’en servait pour godiller : grâce à sa force herculéenne, Paulet put se remettre sur ses jambes et résister au courant jusqu’à ce que le bateau qui le suivait le re-