Page:Paul Marchot - La numération ordinale en ancien français.djvu/6

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zeisme, trezeins trezaine trezismes treziesme, quatorzaine quatorzismes, quinzaine quintismes, sezaine sezismes, dis et oitaine.[1]

Roman de Rou (entre 1160 et 1174) : premerain, secunz, tierz, noemes, diesme, dozieme, quatorzieme, sezime.[2]

Rois (3e tiers du xiie s.) : secunz, setme, uitme, nuefme nofme, unzime, duzime, quatorzime, quinzime, dis e setime, dis e uitme, dis e nofme.

Quelle peut bien être l’origine de cet -ime dans la série onzimesezime ?

En ce qui concerne la forme du suffixe, le fait que l’on a trezime et dudzime dans des textes antérieurs à l’époque de l’amuïssement de l’s devant m (époque du Roland) n’est pas absolument décisif, parce que les mss. de ces textes sont naturellement de date postérieure au Roland. Entre le Pèlerinage et le Roland, du reste, l’intervalle est peu considérable. Cependant elles constituent une présomption sérieuse en faveur de -ime contre -isme et une action de disme. D’autre part tous les mss. du Comput s’accordent toujours pour écrire -ime ; il faut bien admettre pourtant au xiie siècle, comme à toutes les époques, une tradition orthographique, laquelle est toujours essentiellement conservatrice et qui à côté de disme aurait eu une tendance à maintenir onzisme, etc., d’autant plus que des scribes de cette époque auraient encore perçu le rapport de onzisme à disme comme ils devaient percevoir celui de uidme à sedme. La constance de la graphie -ime dans le Pèlerinage,[3] les Lois, le Comput constitue donc une première présomption en faveur de -ime contre disme. Mais il est d’autres raisons qui doivent faire rejeter définitivement l’hypothèse d’une action exercée par disme. Si celui-ci avait agi, en vertu de sa composition dis-me, c’est onz(e)me, doz(e)me, etc. qu’il aurait produit, comme set-me (aidé sans doute de dis-me) agissant sur uit, nuef, produisit uitme, nuefme, et comme dis-me (aidé sans doute de la série set-me, uit-me, nuef-me) agissant sur sis produisit plus tard sisme, usité conjointement à sist, siste au xiie siècle.[4] Cela est si vrai qu’on trouve une forme sezme = 16e formée de cette façon (dans les Chroniques Anglo-normandes, ap. Knoesel, p. 40).[5] Enfin un argument décisif contre une influence de disme est que -ime n’a pas dans les dialectes le traitement de decimus. En lorrain, où l’on devrait avoir -ei(s)me (d’après dei(s)me), on a -ieme, -i(s)me : Psaut. lorr. sisieme 96, 12 septieme

  1. La finale -ain, -aine est propre à des textes de l’Ouest. Je la crois empruntée à derrain, ayant passé d’abord à primerain, puis aux autres ordinaux. Comp. l’inverse dans l’a. esp. postremero, mod. postrero refaits sur primero, dans dernier refait sur premier.
  2. J’ai vérifié les citations dans l’édition Andresen. Je n’ai ni Troie ni les Rois à ma disposition.
  3. Toutefois le ms. du Pèlerinage n’est que du xive s., et le texte y est assez maltraité.
  4. Le rapport était en effet dis : dis-me, set : set-me, etc. ; -me était la flexion et non -isme.
  5. Si toutefois ce n’est pas une faute du ms. ou de l’éditeur, Fr. Michel.