Page:Paul Marchot - La numération ordinale en ancien français.djvu/7

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96, 12 et 108, 30 ; Serm. de St. Bern. seiximes 113, 4 et 129, 11 settisme 129, 14.[1] Dans les dialectes du Nord-Ouest d’oïl, où l’on devrait avoir -ei(s)me, -e(s)me (d’après dei(s)me, de(s)me), on a -ie(s)me : troisieme, cinquieme, sisieme, diziesme, vintiesme, ouettiesme, etc. (voy. Görlich, Nordw. Dial., pp. 32 et 76).[2]

À une influence de prime (autre supposition de Köritz), il ne faut même pas penser. La forme primitive de celui-ci est prim, prime, dont le féminin ne triomphe que tardivement, et elle eût produit une série d’ordinaux à deux genres : onzim, onzime, etc. (comme dans onzain, onzaine).

Il faut donc écarter les deux hypothèses de Köritz : une influence de setime (savant) donnant lieu d’abord à uitime, novime, puis influençant toute la série, parce que les formes setime, uitime, etc. sont bien postérieures à la série onzimesezime déjà attestée dans le Pèlerinage, les Lois, le Comput (voy. plus haut la date tardive de l’apparition de 5e, 6e, 7e, etc.) ; et aussi une influence exercée par prime.

Quant à la théorie Horning-Schwan de l’influence de disme, on a vu qu’elle était définitivement à rejeter.

Dans ces conditions, une seule explication me paraît possible : c’est d’admettre que -ime, d’origine savante, est primitif dans onzime et dozime, qui, étant donné la similitude entre onze, doze et les quatre cardinaux suivants, auraient ensuite entraîné trezime, quatorzime, quinzime, sezime. Cet -ime aurait été emprunté par les clercs et les lettrés à undecimus, duodecimus et ajouté à la forme cardinale onze, doze. C’est ce procédé, de nature savante, qu’emploie par exemple l’italien qui forme ses ordinaux (en partie du moins), par l’adjonction d’une finale -esimo aux adjectifs cardinaux : ainsi ventesimo, trentesimo, etc. En faveur de l’extraction savante de la série onzimesezime plaide le fait qu’undecimus, duodecimus n’ont pas donné de représentants populaires en a. fr. et que du 13e au 16e l’a. fr. n’a jamais eu son système ordinaire de numération ordinale dis e tierz, dis e quart, etc., et encore moins des représentants des formes classiques decimus tertius, etc. Si l’on cherche à s’expliquer la chose, on en verra la raison dans l’état rudimentaire de civilisation et de littérature avant le xie siècle. Au delà du 10e, les parlers populaires ne paraissent pas avoir éprouvé le besoin d’exprimer les adjectifs ordinaux. C’est un fait, car autrement on aurait des dérivés vulgaires d’undecimus, duodecimus et des ordinaux de dizaines vicesimus, tricesimus, etc., comme on en a eu un de quadragesima maintenu exceptionnellement par l’effet d’une cause morale. Qu’on se rappelle que des peuplades très primitives ne comptent pas, même dans

  1. Les patois reportent uniquement à ces formes en -ieme, -ime (d’après les monographies de Zéliqzon, This, Horning).
  2. Ces traitements dialectaux, ne concordant pas toujours avec disme, font aussi rejeter une hypothèse que l’on pourrait faire, à savoir que onzisme < onze + *ondisme de undecimus, etc.