Page:Paul Sébillot - Littérature orale de la Haute-Bretagne.djvu/58

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une petite barque d’où sortit un cri perçant. Il se baissa et ramassa une petite forme si gentille, que jamais il n’en avait vu de pareille ; c’était la fée des Eaux, et Gargantua en tomba amoureux, en regrettant qu’elle fût si petite ; mais sa voix l’effraya, et elle s’enfuit. Toutefois, elle revint coqueter avec lui, et cela dura un siècle. Au bout de ce temps, Gargantua voulut se marier ; mais les frères de la fée ne consentirent au mariage qu’à la condition que les nouveaux mariés n’auraient point d’enfants.

Gargantua emporta sa femme sur son pouce, et ils furent heureux pendant quelque temps. Mais le génie du mal, qui n’avait point été convié à la noce, vint un soir les visiter ; le lendemain la fée apprit à Gargantua qu’elle allait être mère, et son mari déclara que, pour ne point violer son serment, il mangerait ses enfants.

Pendant que le géant était endormi, la fée alla consulter sa nourrice qui demeurait à Chausey : la nourrice lui dit qu’elle ferait avaler un chevreau à Gargantua, et que sa fille élèverait l’enfant sous les eaux du lac. La nourrice vint près de la fée, et présenta à Gargantua un chevreau emmaillotté qu’il avala d’une bouchée. La fée eut un deuxième enfant, et Gargantua dévora un jeune porc à sa place ; puis il y eut encore quatre autres enfants, et Gargantua avala successive-