Page:Paul Sébillot - Littérature orale de la Haute-Bretagne.djvu/70

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bois, légère comme un oiseau. Le prince courut après elle ; mais s’étant pris le pied dans une racine d’arbre, il tomba, et quand il se releva pour la poursuivre, elle avait disparu.

Dès que la Pouilleuse eut perdu de vue le fils du roi, elle se hâta de reprendre ses haillons, et de se salir la figure et les mains.

Cependant le jeune prince, qui avait chaud et soif, entra à la ferme pour boire un verre de cidre, et il demanda quelle était la belle dame qui gardait les moutons. En entendant cette demande, chacun se mit à rire, et on lui répondit que la pâtoure était la créature la plus laide et la plus crasseuse que l’on pût voir, et qu’à cause de sa saleté on l’avait appelée la Pouilleuse.

Le prince soupçonna quelque enchantement, et il s’en alla avant le retour de la gardeuse de moutons, dont les gens de la ferme se moquèrent de plus belle ce soir-là.

Le fils du roi pensait souvent à la jolie personne qu’il n’avait fait qu’entrevoir et qui lui avait paru plus charmante qu’aucune des dames de la cour. Il tomba amoureux de ce souvenir, et comme sa passion le rendait rêveur et qu’il maigrissait à vue d’œil, ses parents lui demandèrent la cause de son chagrin, promettant de faire tout ce qui pourrait contribuer à lui rendre la santé et la bonne humeur d’autrefois. Il n’osa leur