Page:Pavlovsky - En cellule, paru dans Le Temps, 12, 19 et 25 novembre 1879.djvu/48

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Je vocifère, je frappe des mains et des pieds contre la porte, je ne me rends plus compte de rien jusqu’au moment où j’entends tonner une voix furieuse :

— Au cachot cette canaille !

Je réponds quelque chose, mais deux paires de bras musculeux me saisissent et m’entraînent ; je me débats ; je suis roué de coups, j’en reçois à la tête, au visage, à la poitrine. Puis le bruit d’une porte ouverte et refermée, une dernière poussée, et je trébuche seul dans les ténèbres…

Le cachot où on m’avait enfermé était sous terre. Il différait de ma cellule en ce qu’il y faisait tout à fait noir. Il n’y avait ni couchette ni aucun meuble quelconque — rien qu’une botte de paille dans un coin. L’air y était méphitique comme dans une vieille cave humide ; il y régnait un froid glacial ; les murs suintaient d’eau, un sol boueux remplaçait tout plancher. Au premier moment, je ne pus rien distinguer. J’avais le vertige, il me semblait rêver, puis je me mis à grelotter. Le froid du cachot avait quelque chose de particulier, il vous transperçait, pour ainsi dire, de part en part. Je sentais tous mes muscles trembler. Je ne pouvais penser à rien. Je restai étendu par terre pendant des heures, à moitié évanoui.

Enfin Pakhomof ouvrit la porte disant à voix basse et plus doucement que d’habitude :