Page:Peguy oeuvres completes 01.djvu/60

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est plus grosse et toute rouge. Naguère on mettait pour la plupart une seule fleurette à la boutonnière, comme une marque. Aujourd’hui, dans un besoin d’expansion, d’exubérance et de floraison, on met, à toutes enseignes, des bouquets entiers. L’églantine est plus rouge, toute rouge, plus symbolique, mais elle est moins églantine, moins fleur. C’est une fleur sans pollen : lequel vaut mieux ? On discute sagement là-dessus. Les partisans du progrès préfèrent la nouvelle églantine ; les horticulteurs — on nomme ainsi les hommes qui cultivent leur jardin — aimaient mieux la petite fleur.

Attendant encore on vit passer plusieurs délégations qui n’étaient pas en retard : quelques hommes à la fois, avec ou sans insignes, dont l’un portait quelque bannière, ou fièrement brandie, ou familièrement sous le bras ; les uns marchaient au milieu de la route, et c’était un amusant défilé de quatre hommes, sérieux cependant ; quelques-uns s’en allaient plus civilement sur les trottoirs. Déjà en venant nous avions rencontré, aux environs de l’Hôtel de Ville, plusieurs francs-maçons, portant librement leurs insignes étonnés de prendre l’air.

Attendant toujours on apprit que Jaurès ne serait pas là, retenu dans l’Ain et dans le Jura par les soins de la propagande. On regretta son absence, non pas seulement parce que ses camarades l’aiment familièrement, mais aussi parce qu’il manquait vraiment à cette fête, qui lui ressemblait, énormément puissante, et débordante.

Il était midi et demie environ quand Gérault arriva, toujours cordial, et gai comme le beau temps. Il venait de quitter le treizième, qui était en retard, et qui rega-

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