Page:Peguy oeuvres completes 04.djvu/272

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propos, (tant nous étions dans ce silence commun, dans ce silence partagé, instantanément prêts l’un pour l’autre, ouverts et silencieux, prêts et comme en réserve), ce qui m’étonne, dites-vous sans entrée, (Mais vous ne voulez pas que je rapporte ce propos. Vous avez tort. Mais il est à vous, puisque enfin il est de vous. Je dois m’incliner. Il était entré pourtant, il entra instantanément comme une pièce essentielle de ma pensée, de la méditation, et à la A^érité il ne me quitte plus. J’y pense même, à vrai dire, il me revient plus souvent que je ne voudrais. Ce fut pour moi un éclair, une révélation soudaine, c’est-à-dire une de ces révélations d’une pièce capitale dans la pensée que l’on voit soudainement qui y était déjà, qui y était éternellement déjà, mais que soi-même tout seul on n’avait pas su voir, distinguer, formuler. Vous me répondez qu’une pièce essentielle d’une machine est souvent une pièce invisible. Vous avez raison. Mais le propre de la Confession, où il devient évident que j’incline, est de montrer de préférence les pièces invisibles, et de dire surtout ce qu’il faudrait taire. D’autre part il est certain qu’il n’y a point de réalité sans confessions, et qu’une fois qu’on a goûté à la réalité des confessions, toute autre réalité, tout autre essai paraît bien littéraire. Et même faux, feint. Puisque tellement incomplet. Comment faire. Garderai-je pour moi cette confidence terrible. La tairai-je donc jusqu’à la fin des jours terrestres. Elle me hante tellement. Depuis elle ne me quitte plus. Nous nous tûmes ensuite et jusqu’au bout. Vous me conduisiez, vous me reconduisiez de chez vous jusqu’à cette chaussée d’où l’on découvre l’étang de Saclay. Ce jour-là c’était vous qui me reconduisiez. Nous ne pouvions pas nous quitter.