Page:Peguy oeuvres completes 05.djvu/224

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LE MYSTÈRE en manque. Aujourd’hui nous canalisons. Aujourd’hui nous sommes comme des cultivateurs, comme des paysans, comme des laboureurs, comme des jardi- niers qui manquent d’eau ; et alors nous faisons des barrages pour ne rien perdre de ce maigre filet ; pour ne rien laisser perdre. Nous faisons des barrages, et des canaux, et des canalisations ; nous administrons, nous régularisons, nous utilisons ce mince filet d’eau ; d’une eau éternelle ; de l’eau, d’une eau d’une source éternelle. Nous l’utilisons au plus, tant que nous pouvons. Et nos terres demeurent maigrement arro- sées. Nos terres demeurent maigres. Un maigre filet d’eau. De maigres terres. De maigres moissons. Dans nos bras maigres nous ne rapporterons que des moissons maigres. Heureux encore si nous en rapportons. Un fleuve coulait. Un fleuve intarissable coulait. Il y a de la différence entre un grand fleuve et des amusements d’enfant. Entre un grand fleuve et des canaux, artificiels, des amusements d’eau. Mais moi je ne suis qu’une pauvre femme. Alors tu en profites. Tu en abuses. Tu es plus forte que moi. Mais Dieu est plus fort que toi et que moi. Tu résistes. Tu raisonnes. Tu te rebelles. Mais Dieu, s’il plaît à Dieu, est plus fort que tout le monde. Dieu, si Dieu veut, fera peut-être ce que je ne peux pas faire, moi indigne. Les mérites et les prières de Jésus, les promesses de Jésus, les mérites et les prières de tous les saints travaillent pour nous. Et qui sait, toute infime, toute indigne, toute infirme Dieu accordera peut-être quelque chose à mes prières. Il accordera peut-être, il accordera sans doute beaucoup aux tiennes, car il faut prier pour soi, il faut commencer par prier pour soi, Dieu aime

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