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DE LA G II A R I T É

Madame Gervaise

— Ils ne soupçonnaient pas leur histoire, leur propre histoire, la grandeur de leur histoire. Comment Teussent- ils deviné. On n’avait jamais rien vu de pareil. Mais nous. Nous, nous avons reçu treize siècles d’avertis- sement. Nous avons reçu treize siècles d’admonitions. Avons-nous été assez avertis. Nous avons treize siècles d’exercice. Treize siècles d’existence. Nous avons treize siècles d’habitude même. Nous savons. Nous connais- sons. Nous ne devrions pas être surpris.

En avons-nous assez reçu, des avertissements. Treize siècles de chrétiens, treize siècles de saints, treize siècles de chrétienté. Nous devrions savoir. Une fois. Une fois, deux fois, trois fois. Et le coq chanta. Mais nous c’est la millième, c’est la cent millième, c’est la centième de millième fois que nous le livrons ; que nous l’abandonnons, que nous le trahissons ; que nous le renonçons, que nous le renions. Peuple ingrat, peuple ingrat, mais aussi renégat. Des milliers et des centaines de milliers de fois que nous le renions pour les égare- ments du péché.

Combien de fois, des milliers et des centaines de milliers de fois les coqs des fermes, de toutes les fermes ont chanté après que nous l’avions renié trois fois ; sur nos simples, sur nos doubles, sur nos triples reniements. Les coqs dans la paille. Sur le fumier des fermes.

C’est drôle on parle toujours de ce coq-là, il est célèbre, du coq qui se trouva là pour chanter, pour sonner, pour enregistrer le reniement de Pierre. C’est

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