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DE LA DEUXIÈME VERTU

Tellement que s’il avait bu un bon verre de vin de Meuse.

Des coteaux au-dessus de Cepoy.

Et cette onglée qu’il avait aux doigts, (et il avait beau souffler dans ses doigts).

Disparaît comme par enchantement.

Et il n’a plus qu’un tremblement de chaleur au bout des doigts.

Et la bise aigre.

Qui souffle toujours.

Parce qu’elle n’a pas d’enfants.

Parce qu’elle est une créature inanimée.

Et elle ne connaît pas toutes ces histoires-là.

La bise aigre dans la forêt.

Vient à présent lui glacer deux grosses larmes qui des- cendent bêtement sur ses joues.

Dans les sillons creusés de ses deux joues et qui viennent se perdre dans les broussailles de sa barbe.

Comme deux glaçons.

Alors lui, riant et honteux.

Riant en dedans et honteux en dedans et en dessus.

Et riant même tout haut.

Car il est doux et il est honteux de pleurer.

Pour un homme.

Alors le pauvre homme il veut faire le malin.

Celui qui n’a pas pleuré.

On veut toujours faire le malin.

Il regarde autour de lui sans avoir l’air de regarder si on ne le regarde pas.

Si on ne l’a pas vu.

Des fois.

Riant en lui-même et dans sa barbe à la dérobée.

2S.3