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OEUVRES POSTHUMES

mémoire de la famille et de la race; mémoire de tout le berceau de la famille et de la terre; mémoire de ce que c'était que le tissu même de la famille et de la société française sous Louis-Philippe, sous le second Empire, sous le commencement de la troisième Répu- blique ; mémoire de tant de guerres qui de victorieuses en victorieuses préparaient ce désastre unique dont en ce moment même, dit-elle, vous commencez à vous relever. Si M. Paul Milliet, dit-elle, avait consenti à ne pas savoir d'histoire, l'intérêt de cette publication déjà si intéressante aurait été doublé. S'il avait consenti à ne savoir que de la mémoire.

Vous avez dans votre bande, dit-elle, (si je puis la nommer ainsi), un chroniqueur et un mémorialiste. Vous le savez bien. C'est Vuillaume. Celui-là est de la pure lignée de nos anciens chroniqueurs. Combien de fois n'y ai-je point pensé, dit-elle, quand après déjeu- ner vous vous promenez ensemble dans ce qui fut le Quartier Latin. Quand on lui parle de la Commune, celui-là, et de la guerre, et de l'empire, et des commen- cements de la République, il ne se met pas à vous raconter de l'histoire, celui-là. Tout pan de mur, tout pavé lui est texte et matière à remémoration. Ici Vallès venait dans ce café. Il se mettait dans ce coin- là. Use tenait comme ça. Et un certain geste des épaules, une certaine manière de porter la stature vous font voir Vallès, vous transportent devant Vallès même, non pas seulement dans le temps mais dans l'âge et dans l'événement de Vallès, vous en apprennent cent fois

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