Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/105

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l’heure sur le sol comme l’aveugle cherche du pied son chemin, le voici astronome, reportant au compas le pas de l’astre sur le cadran et mettant sa vie en cadence au battement du balancier.

Eh bien ! la main sur la conscience, qui donc a donné à l’homme l’arc, le troupeau, la charrue, la tente, la maison, la cité, le vêtement, le feu, le fer, la lance, la coupe, l’horloge, pour ne citer que ces sublimes annexes de l’humanité ? sinon cette providence intérieure appelée perfectibilité, sans cesse mécontente du jour, sans cesse inquiète du lendemain, et chargée dès l’origine d’étager sur une nature inachevée la seconde nature de la civilisation.

Vous affirmez, sur la foi de la légende, que le Créateur avait fait l’homme complet dès le premier jour, définitivement fixé à un ordre définitif d’existence. Pourquoi donc alors lui aurait-il imposé, par je ne sais quel paradoxe, une âme toujours à la recherche d’un nouveau complément et lui aurait-il donné la main, organe à part, hors-d’œuvre au point de vue du corps, qui ne peut servir aucun acte du corps, et qui n’a de raison, par conséquent, que par rapport à l’intelligence et pour servir l’intelligence ?

Si la nudité est la loi de l’homme, pourquoi a-t-il pris le vêtement ? Si le lit de bruyère est le dernier mot de sa destinée, pourquoi a-t-il bâti la muraille ? Si son corps, tel qu’il est dans la nature telle qu’elle est autour de lui, est son arrêt de vie sans appel, pourquoi a-t-il