Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/104

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et disparaît, sans que sa robe même ait ébranlé l’air autour d’elle et incliné la flamme. Car là, sous ce trépied d’airain, un vieillard recueilli et comme absorbé dans l’auréole de clarté qui tombe de la lampe au milieu du parquet, réfléchit profondément, la main dans sa barbe, et de temps à autre écrit sur une tablette. Ce qu’il écrit, nous le saurons plus tard, quand nous aurons à faire le bilan de la science. Notez seulement pour mémoire que la lampe, en laissant tomber sur le front de l’homme sa douce clarté, a ouvert en lui une occasion de plus de pensée ; car la nuit est l’heure de loisir pour chacun ; le travail de la terre est fini ; car la nuit est l’heure du silence ; et le silence est le génie de l’inspiration. L’antiquité a raison : Minerve, en plantant l’olivier, a versé la sagesse dans l’humanité.

Et maintenant, je vous le demande, depuis le jour où l’homme vint, pieds nus et sans armes, chercher sur la terre hérissée de ronces le mystère de ses destinées, a-t-il multiplié à l’infini ses moyens d’existence ? Les faits parlent, écoutez-les. Au jour de sa venue, ou de sa chute, à votre choix, il était errant à la poursuite de son repas, et le voici rassuré sur sa nourriture ; il était le ver de terre frissonnant dans sa nudité, et le voici vêtu ; il était battu du vent, et le voici abrité ; il était engourdi au souffle de l’hiver, et le voici réchauffé il était plongé dans l’ombre au coucher du soleil, et le voici éclairé ; il était désarmé contre le péril, et le voici armé ; il était perdu dans le temps comme dans un chaos, cherchant