Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/117

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lèvre. Le vent l’entend, le vent l’emporte. Alors le progrès fixe d’un signe la syllabe errante sur la feuille de papyrus, et la feuille chargée de la pensée du génie humain tout entier et envolée au souffle du temps retombe indéfiniment de génération en génération. Mais qu’est-ce l’écriture ? une parole encore lente, dispendieuse, limitée à un petit nombre d’élus. Gutenberg trouve dans son génie le secret de monnayer la lettre en quelque sorte, et à partir de ce jour la presse donne à la voix humaine une telle ondulation, qu’à peine a-t-elle dit un mot, que ce mot retentit instantanément partout à la fois sur l’univers.

Vous m’avez demandé quels organes le progrès avait ajoutés au corps, quels miracles il avait réalisés dans l’ordre de la matière, les voilà, je vous tiens parole. Ils brillent, ils tonnent dans l’espace, nous n’avons pas besoin de sens nouveaux pour les voir et pour les entendre. Mais quand je viens sur la place publique, escorté de tous ces prodiges, mes assistants et mes défenseurs, pour plaider la cause de la perfectibilité humaine, vous dites qu’est-ce que cela ? Et secouant de votre manteau comme un peu de poussière, vous ajoutez : Cet homme rêve assurément.

Si c’est là rêver sous le chaste regard et le front appuyé dans la douce main de la vérité ; ah ! par pitié, je vous en conjure, gardez-vous de me réveiller ; car, pour la perspective que vous offrez à l’homme en échange du progrès, ce n’est pas la peine de vivre ; autant vaut dormir.

Et puisque j’en trouve ici l’occasion, permettez-moi