Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/116

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de progrès. L’œil par exemple fermé d’abord chez le sauvage au sentiment esthétique de la ligne et de la couleur acquiert avec le développement de l’art la notion de la symétrie et de l’harmonie. Raphaël porte dans son regard tout un idéal de beauté, que l’Ombrien, son premier aïeul, ignorait à coup sûr au lendemain du déluge.

Que Pythagore autrefois ait cru en prêtant l’oreille au vent sur la montagne, entendre au-dessus de sa tête le concert aérien de l’astre gravitant en cadence à travers l’incommensurable océan de l’éther, nous pouvons vous et moi renvoyer à la légende cette merveilleuse finesse de perception. Mais ce qui n’appartient pas à la fiction, ce qui ne ressort pas de la légende, c’est l’oreille moderne du musicien, qui, dans l’immense multitude et la fuite rapide de toutes les notes de l’orchestre, exhalées sous l’archet ou vomies par le cuivre à plein souffle, saisit au passage jusqu’à la plus légère, jusqu’à la plus fugitive intention de mélodie. Par quelles séries d’initiations, tranchons le mot, de perfectionnements, a-t-elle dû passer avant de conquérir tout un ordre de sensations mystérieuses, divines, que la nature autour d’elle ne lui donne pas, ne saurait lui donner ?

Et la voix ; qu’est-elle ? un son. Rien de plus au commencement. L’homme articule le son, et voici la parole ; il le cadence, et voici la poésie ; et Orphée tient un jour l’humanité suspendue à l’atmosphère émue autour de lui de la vibration de sa lyre. Mais, parole articulée ou parole rhythmée, ce n’est jamais qu’une explosion de la