Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/122

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Est-il vrai ensuite que les industries, ces perpétuelles invocations de l’homme aux forces de la nature pour échapper aux rigueurs de nos misères, changent seulement le mode sans changer le fond de l’humanité ?

Est-ce que l’architecture, pour prendre la première industrie venue, en bâtissant la maison et en retirant l’humanité de l’état vague de la vie en plein champ pour l’amener à l’ordre régulier de la cité, aurait modifié seulement une forme insignifiante de la civilisation ? Mais relisez donc l’étymologie. Civilisation, cité, c’est tout un à l’origine. Or, si la civilisation a un avantage sur la barbarie, elle l’a probablement pour avoir changé le fond barbare de l’humanité.

Est-ce que le moulin, pour continuer la démonstration, en substituant à la force musculaire de l’esclave condamné à la meule la force mécanique de la roue manœuvrée par le courant, n’a pas autant et plus contribué à l’émancipation de l’esclavage que n’importe quelle homélie de Jérôme ou de Chrysostome. Prêchez la liberté, vous faites bien ; mais vous la prêcherez en vain si vous ne trouvez d’abord le moyen de relayer le travailleur par la machine, car la société a besoin pour vivre d’une quantité fatalement déterminée de travail.

Qu’importe, direz-vous peut-être, et si vous ne le dites pas, d’autres l’ont déjà dit pour vous, que l’industrie ait aidé à certain moment l’humanité à franchir le pas d’une civilisation, si, depuis lors et surtout à notre