Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/137

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humaine hors d’atteinte de la sape ou de l’incendie.

Mais ici, par ce mot de livre, mot vague, mot arbitraire, à double sens et à double entente, vous n’entendez pas seulement, je me hâte de le reconnaître, le livre matériel, le procédé matériel, plus ou moins ingénieux, plus ou moins rapide d’incorporer la parole sous un volume donné, et de répandre dans la foule cette monnaie de l’esprit. Vous entendez surtout et avant tout l’idée contenue dans le livre, vulgarisée par le livre, car c’est l’idée seule qui constitue la valeur du livre, et contester le progrès en fait de livre, c’est le contester en réalité en fait d’idées. C’est donc sur ce dernier terrain que nous avons à porter le débat et à justifier le dogme de la perfectibilité.

« Est-ce dans les idées que vous voyez ce dogme en action ? nous demandez-vous. Nous ne pensons pas plus creux que Job ; nous ne rêvons pas plus grand que Platon, nous ne chantons pas plus divinement qu’Homère, nous ne parlons pas plus éloquemment que Cicéron, nous ne moralisons pas plus raisonnablement que Confucius, nous ne résumons pas notre sagesse en proverbes plus substantiels que Salomon. »

Savez-vous bien, mon illustre maitre, que par votre manière de poser les questions, vous jetez à chaque instant la réplique dans de cruelles perplexités. Tout à l’heure vous confondiez le livre et l’idée, maintenant vous confondez l’idée et la poésie. L’idée a cependant un sens déterminé dans la langue de la philosophie ; en