Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/138

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tant qu’idée proprement dite, elle signifie notion, et uniquement notion. Chercher le progrès dans l’ordre de l’idée, c’est le chercher dans l’ordre de la connaissance ; pas plus la poésie que l’éloquence et l’éloquence que la poésie n’ont à faire ici dans le débat ; j’écarte donc respectueusement Homère et Job pour cause d’incompétence.

Mais après avoir déblayé ce premier obstacle, je heurte un nouvel empêchement. Je pourrai peut-être encore à la rigueur répliquer à des arguments, parce que dans l’ordre de la logique je plaide devant la raison, et que la raison n’accepte à son tribunal que des raisons. Mais à des noms propres, que dis-je à des noms ? à des statues, à des idoles, dressées là devant moi, de la hauteur de tous les siècles, enfumées de l’encens de tous les peuples, couvertes et ruisselantes de toutes les guirlandes et de toutes les huiles de senteur des pédagogues et des grammairiens, consacrées et sanctifiées depuis les bancs du collége, par toutes les adorations et les génuflexions de dix, de vingt, de trente générations, qu’ai-je à dire en conscience, qu’ai-je à répondre, sinon à tomber à genoux et à humilier mon front sur le pavé ?

— Vois-tu cela, disait un jour en pleine synagogue un rabbin à Spinosa, et il lui montrait du haut de l’estrade un instrument mystérieux et terrible que nul jusqu’alors n’avait osé nommer, n’avait osé regarder, car c’était par cet instrument comme par la trompette du jugement dernier, que Dieu en personne soufflait sa co-