Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/14

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tendu la voix de l’air, et au signai de cette voix vous avez passé du dogme de la royauté au dogme de la démocratie. Si ce n’est pas là encore un progrès, qu’est-ce donc que le progrès ?

Vous faites votre entrée dans la vie politique par la grande porte de l’élection. Vous montez à la tribune. Vous avez autant et plus que tout autre le secret de l’éloquence. Voilà le moment d’être homme d’État, ambassadeur, ministre, premier ministre. Prenez place sur un de ces bancs d’attente, à égale distance du pouvoir et de l’opposition. Menacez et rassurez en même temps la couronne. Étalez votre parole comme une fille à marier, coquette et prude à la fois, la pudeur dans le regard et le bouquet sur l’oreille. Choisissez habilement votre question au budget. Tonnez en temps opportun contre l’excédant de dépense. Gémissez sur le droit de visite. Intriguez dans la coulisse. Enrôlez à votre service un groupe d’ambitions comme on levait autrefois une bande de partisans, et attendez l’événement, vous tenez déjà votre portefeuille.

Mais quand vous n’avez qu’à tendre la main pour saisir la fortune, le cordon, le grand cordon rouge, vous allez vous asseoir sur un banc à l’écart. Où est votre parti ? vous répondez : Là ; et vous mettez la main sur votre conscience. Vous regardez passer devant vous, les bras croisés, le flux et le reflux de petites compétitions et de petites conspirations pour le renversement ou pour la conquête d’un ministère.