Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/13

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La parole du passé a pu avoir la première votre oreille sous la tuile de votre toit, vous avez pu grandir dans une haine d’origine en quelque sorte contre la démocratie. La démocratie avait autrefois renversé la pierre de votre foyer, et répandu en passant une ombre de mort sur le front de votre famille ; n’importe, le siècle travaille à l’émancipation du peuple, et le siècle vous appelle, vous saisit, vous envahit, vous renouvelle et vous dit : Suis-moi ; et vous le suivez. Et vous le suivez malgré la protestation du berceau, malgré la religion de l’enfance. Vous le suivez encore un jour, et vous prendrez la tête de la colonne.

Béni soit le voyageur et le plus béni soit celui qui arrive de plus loin, par la route la plus rude et le soleil le plus lourd. Que la jeune fille de la maison lui verse sur le pied meurtri par la ronce et par la pierre sa plus douce larme de reconnaissance et son plus doux parfum. Car c’est le signe d’une grande âme, d’une âme hors de proportion d’aimer le peuple, la révolution, la liberté, l’égalité, quand pour aimer tout cela, il faut, sacrificateur à la fois et holocauste de son culte, arracher de son cœur ce qu’on a cru jusqu’alors, ce qu’on a accepté sur parole pour la vérité, et de tous les lambeaux de tous les nerfs de l’homme ancien, écrasés et broyés comme sous une meule, repétrir et refaire douloureusement l’homme nouveau.

Vous avez eu ce destin vous avez eu, vous aussi, votre coup de tonnerre sur la route de Damas. Vous avez en-