Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/146

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Ainsi à mesure qu’en marchant l’humanité refoule le mal derrière elle, elle prend meilleure opinion de la Divinité. Au commencement et pendant longtemps l’action de Dieu sur la terre avait un seul nom : fatalité ! fatalité ! vous entendez ; c’est-à-dire un Dieu implacable, un Dieu insensible, un Dieu indifférent, jouant avec l’homme comme le vent avec la paille du chemin. Mais voici qu’un souffle de grâce passe sur la terre, la terre sent tressaillir un nouveau-né dans son sein, la rose de Samarie fleurit, la vigne d’Engaddi mûrit, et un Dieu bon, un Dieu tendre, un Dieu aimant, un Dieu tout à tous, vient parmi nous, dans nos rues, dans nos champs, dans nos fêtes, au bord de nos étangs consoler l’affligé, guérir le blessé, relever la femme, multiplier le pain, changer l’eau en vin, racheter l’esclave. Son père, toujours la colère sur la lèvre, toujours le tonnerre à la main, menaçait, maudissait, châtiait ou tuait ; lui au contraire, l’œil doux et le front illuminé d’une paix céleste, il aime et il bénit intarissablement, et au lieu de prendre à chaque instant la vie de l’homme en expiation de sa vengeance, il lui donne sa propre vie en sacrifice, et à partir de ce moment, l’action de Dieu dans l’univers, appelée jusqu’alors fatalité, change de nom et prend le titre de Providence. Le monde actuel a donc sur le monde ancien, en fait de conception de Dieu, toute la supériorité de l’idée de Providence sur l’idée de fatalité.

Maintenant quelle idée le monde ancien avait-il du cosmos infini, au sein duquel nous flottons, passagers