Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/151

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


question c’est la résoudre car de toutes les tentatives impossibles, la plus impossible assurément serait aujourd’hui de vouloir traiter de la philosophie, et de prendre rang dans la science en faisant abstraction de tout le mouvement d’idées élaborées, et de toute la masse de preuves acquises depuis trois cents ans en Europe.

Maintenant, quelle idée l’antiquité avait-elle de l’homme en société ? Elle faisait de l’humanité deux parts, deux races distinctes marquées l’une et l’autre dans leur chair et dans leur constitution, nées et instituées de toute éternité, l’une pour commander, l’autre pour obéir, l’une pour porter le fouet, l’autre le collier, et non-seulement en fait, non-seulement à l’application, mais encore scientifiquement, en théorie. Lisez plutôt Platon et Aristote au titre de l’esclavage. Et dans la race libre, autre inégalité entre l’homme et la femme. La femme destituée de son âme est à proprement parler une forme de la propriété. Soumise à la polygamie, ou à la répudiation, sorte de polygamie successive, elle appartient tout entière au mari, sans avoir le droit d’aspirer à la réciprocité et sans prétendre, en échange de son affection confisquée bon gré mal gré, à autre chose qu’un tour d’ordre ou un tour de faveur. Murée dans l’enceinte du gynécée, elle vit dans une solitude plus cruelle que sa cellule, dans la solitude de l’esprit. À Rome seulement, c’est-à-dire à la fin de la civilisation antique, elle a l’autorisation d’apprendre à lire et de compter par la pensée.