Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/156

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le progrès chez l’homme pour la faculté du vrai et le retirent à la faculté du beau, ils déchirent l’âme en deux et assignent à chaque lambeau un mouvement en sens inverse. On dirait de leur progrès ainsi formulé un homme polype, un être fait de rapport, qui laisserait en marchant une partie de son corps en arrière, tandis que l’autre continuerait son chemin. Vous avez du moins sur ces trembleurs de la vérité l’avantage de l’unité de doctrine. Vous niez le progrès partout, aussi bien dans le monde de la science que dans le monde de l’esthétique. Voici sur ce dernier chapitre votre conclusion :

« Est-ce dans l’art que vous cherchez le progrès ? L’Égypte, la Syrie, les Indes, le Parthénon, Phidias, les bronzes, les statues, les médailles, les vases Étrusques, nous répondent. L’éternel effort de nos arts modernes est de remonter à ces types du beau dans l’architecture et dans la sculpture, et comme les arts prennent ordinairement leur niveau dans une même époque, tout fait conjecturer que les arts de l’esprit égalaient en perfection ceux dont la matière plus solide nous a conservé les chefs-d’œuvre. »

Commençons par rayer l’Inde du catalogue ; car l’Inde de Brahma sommeillait en fait d’art du sommeil de l’enfance. Elle a pu, sans doute, à Ellora et à Eléphantide, creuser au flanc des montagnes d’immenses cavernes, tailler à gros blocs pour porter le poids des plafonds de monstrueuses colonnades en forme d’élé-