Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/17

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si ce n’était pas au progrès que vous alliez dresser un autel sur la place de la Bastille, à qui donc alliez-vous porter votre offrande ?

La révolution de Février a péri : elle devait périr ; car, dans son enthousiasme de fraternité, elle faisait alliance avec sa contradiction ; elle croyait concilier l’inconciliable à force de tendresse pour chaque idée. Elle donnait là démocratie à bénir à l’ennemi éternel de la démocratie. Je vois là-bas un homme noir près d’une fosse où la foule p]ante un arbre, et j’entends le cri de vive la liberté ! La liberté dans les bras de cet homme ! Ah ! c’en est trop ! tirez-moi d’ici ; j’ai entendu le cri d’une victime. N’importe ; la révolution de Février aura eu encore son utilité, en séparant ce qui doit être séparé, et en donnant l’autorité du fait à ce qui n’était jusque-là qu’une abstraction.

Et maintenant que, poëte, orateur, tribun, homme d’État, dictateur de l’opinion, à un jour donné, vous avez fait le tour de la gloire, et que vous portez le front le plus haut sur notre génération, vous promenez un œil de mélancolie autour de vous, comme si vous n’aviez plus sous le pied qu’un désert, et vous baissant sur le chemin, vous ramassez une poignée de poussière, et vous dites : Voici le peuple ! et, la jetant par-dessus votre tête, vous souriez de pitié.

Quoi ! vous avez eu dans votre vie la flamme du Dante, une heure de Washington ; debout au sommet d’une révolution, le piédestal le plus élevé de l’huma-