Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/18

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nité, vous avez tourné la face aux quatre vents, et partout où votre regard a tombé, à Milan, à Vienne, à Berlin, à Dresde, la liberté a levé la main et vous a répondu par une longue acclamation.

Quoi ! vous avez tenu le fer rouge du pouvoir, ce jugement de Dieu qui brûle jusqu’au sang la main de l’ambitieux, et vous avez traversé l’épreuve sans y laisser même la fleur de l’épiderme. Pas une tête n’a été proscrite, pas une borne de champ déplacée. Loin de là, vous retrouvez le sens perdu de l’Évangile, vous brisez la chaîne de l’esclavage, vous mettez le pied sur la hache du bourreau, vous en arrachez le manche, et vous le jetez si loin, que nul depuis n’a su le retrouver.

Quoi ! vous frappez deux fois votre poitrine devant le monde ; la première fois il en sort la poésie, une seconde fois la république, et, quand après avoir eu les deux grandes occasions du siècle, vous n’avez plus ici-bas qu’à faire honneur à tous vos coups de fortune, qu’à nous verser, à nous vos témoins, à nous hommes de seconde venue, le souffle de votre foi, comme un divin cordial sur la rude escarpe de la montagne, vous jetez dans le silence de cette trêve forcée de la pensée un tel cri de découragement, un tel anathème au progrès, que les meilleurs et les plus fermes sur eux-mêmes pourraient en être troublés !

Vous niez le progrès ! mais vous n’en avez pas le droit. Pour avoir ce droit, il faut avoir vécu là-bas,