Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/186

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


proportionnelle à la somme de temps qu’ils avaient coûté à l’origine. La société eut un moment de répit pour penser.

Comment utiliser cette économie de temps au profit de la pensée ? Fallait-il la reporter indistinctement sur la tête de chacun ? Mais cette répartition en quantité infinitésimale n’aurait rapporté à chacun qu’une minute tout au plus par jour pour la culture de l’intelligence. La Providence cachée de l’histoire résolut autrement le problème ; elle accumula tout le bénéfice du travail accompli sur la tête d’une portion seulement de la société. Elle frappa d’un signe le front de tout homme naissant ; elle dit au premier : laboure ; au second, fabrique ; au troisième, porte l’épée ; au quatrième enfin, nourri, servi et défendu par les trois autres, pense, médite, lève le voile de la nature et invente l’industrie. La caste apparaît donc à l’aube de la civilisation comme la forme obligatoire de toute société naissante, sur le Gange aussi bien que sur le Nil, en Grèce aussi bien qu’en Égypte.

Si le régime de la caste avait duré à perpétuité, une élite seulement de la société aurait vécu de l’intelligence, et le progrès aurait marché d’un pas boiteux ; mais le temps coulait toujours, donnant toujours un coup de pioche ou un coup de truelle de plus au fondement et à l’édifice de la civilisation. La caste pensante, en possession de tout le loisir, pensait toujours et créait toujours en pensant, une science et une industrie. Or,