Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/193

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une ronde de nuit, balayer la vie devant elle, et rendre la terre au repos, toute joie du regard semble à jamais disparaître. La brume envahit l’atmosphère, éteint partout la forme et donne à toute chose l’apparence d’un fantôme. Le soleil, destitué d’une partie de ses heures, fait encore çà et là, entre deux nuages, une courte apparition. Son rayon défaillant sur la cime flétrie de la forêt a toute la mélancolie d’un adieu. La nature prend le deuil, la fleur meurt sur sa tige, la feuille tombe et roule sous le pied du passant. Le corbeau vole en bande au-dessus de la colline, au moment du crépuscule, et jette son cri sinistre comme un défi à toute tentative de résurrection. Et le ciel, le soir, au lieu d’allumer l’étoile, cette prophétie d’en haut sur notre tête, fond en brouillard à travers les spectres des arbres, et pleure goutte à goutte, de rameau en rameau, sur la feuille morte à terre, qui rend à chaque larme tombée sur elle une note sourde de tombeau d’une indicible tristesse.

Bientôt l’hiver vient ; la neige tombe et étouffe jusqu’au bruit des pas de l’homme. L’homme passe silencieux, comme une ombre, sur la terre silencieuse ; et tout est dit, et tout semble fini. La rose ne refleurira plus, et la grappe ne prendra plus un reflet de pourpre au soleil. Attendez, cependant. Au milieu de ce mutisme et de cet évanouissement de la nature, la vie couve et fermente encore au creuset de la mystérieuse alchimie. Elle répare ses forces et les prépare en paix pour de nouvelles œuvres et de nouvelles moissons. Puis, au premier rayon