Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/201

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nouveaux instruments de bonheur. Mais, je vous entends, à quoi sert à l’homme, dites-vous, d’avoir développé ses sens, si sur ces sens plus ou moins développés, il n’a pas su encore éteindre ou amortir une douleur, une seule douleur, ne fût-ce que la piqûre d’une épingle ?

Avez-vous bien réfléchi à cette parole ? Voilà donc aussi la médecine, aussi la chirurgie reléguées au rang des chimères ou des dérisions de l’humanité. Passons alors la charrue sur nos hôpitaux, replions les tentes des ambulances ; jetons à la borne les urnes des pharmacies, brisons les instruments d’anatomie comme d’inutiles inventions de torture, chassons de l’État nos Dupuytren comme des bourreaux par diplôme, puisque la quinine ne guérit plus la fièvre, puisque l’abaissement de la cataracte ne rend plus la vue à l’aveugle, puisque la ligature de l’artère n’arrête plus l’ hémorrhagie, puisque l’inoculation ne prévient plus l’explosion du virus, puisque l’amputation du membre broyé ne sauve plus l’existence du blessé, puisque la lithotricie ne pulvérise plus la pierre dans l’intestin, puisque le jet électrique ne restitue plus le mouvement à la paralysie, puisque la lancette ne détourne plus l’épanchement du sang dans le cerveau, puisque le chloroforme n’endort plus la douleur pendant le supplice de l’opération.

Évidemment ici l’improvisation en courant a emporté votre parole au delà de votre pensée. Dans un temps, chez un peuple où la civilisation a donné un