Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/200

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cice, appelé l’industrie, qui exige nécessairement à l’application une souplesse et une délicatesse infinie de mouvement, car pour peindre, modeler, ciseler, tisser, broder, manœuvrer l’outil, le ciseau, le compas, le poinçon, le burin, pour pétrir la matière, en un mot, la fondre, la tourner, la mouler, la réduire en forme impalpable, et la fouiller jusqu’à la limite extrême de l’invisible, la main a dû passer auparavant par une longue initiation et acquérir une nouvelle puissance de doigté.

Un peuple emprunte en vain à un autre peuple un procédé d’industrie s’il ne lui emprunte en même temps la tradition de la main, indispensable à la manœuvre de cette industrie. La filature à la mécanique a surtout prospéré sur le sol où la population filait déjà depuis longtemps à la quenouille. Le pacha d’Égypte voulut un jour établir un chantier de construction navale dans le port d’Alexandrie. Il enrôla à son service des ingénieurs et des ouvriers français. Lorsqu’il crut que ces précepteurs étrangers avaient formé assez d’élèves égyptiens, il voulut, par raison d’économie, les renvoyer en Europe. Qu’arriva-t-il ? Que la main de son peuple, livré à lui-même, sécha à l’œuvre et tomba d’impuissance.

Ainsi, sans vouloir poursuivre plus loin l’énumération des progrès du corps humain dans la danse, le geste, la gymnastique, la pantomime, l’homme a donc réellement perfectionné ses organes, et tiré de ces perfectionnements mêmes de nouveaux arts, c’est-à-dire de