Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/210

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fini caché derrière ce voile de splendeur, que pour cet unique quart d’heure d’existence en toi, je te bénirais encore ; je te bénis d’avoir donné à l’homme le soleil, le rayon, la rosée, la flamme, le fer, le marbre, l’épi, la soie, le chanvre, la figue, l’olive, la manne inépuisable de toute saveur et de toute couleur flottante à la brise à la branche du verger. Je te bénis, enfin, de lui avoir donné de surcroît le cœur et l’intelligence pour sentir et comprendre toute chose, bien plus encore, le cœur et l’intelligence de l’humanité tout entière, incarnés dans l’art et dans la science, et, pour cela, d’avoir marqué mon heure à cette date du dix-neuvième siècle, la plus grande et la plus belle de l’histoire, malgré ses apparences de troubles et de défaillance, et de m’avoir permis ainsi de vivre de sa puissante vie et de vibrer de son profond enthousiasme. J’ai aimé, j’ai été aimé ; j’ai connu le beau, j’ai senti le bien, j’ai porté témoignage de la vérité dans tous les souffles de l’atmosphère ; j’ai mis ma main dans la main des forts ; j’ai pris parti pour les grandes idées, donné ma tête en gage aux nobles œuvres de l’humanité. Le crépuscule maintenant peut venir. Que le moment de descendre l’autre pente de la colline sonne quand il voudra. Gloire à Dieu. J’ai eu ma part, je puis mourir.

Mourir, dites-vous, mais c’est là précisément la condamnation du progrès ; ne voyez-vous pas que la mort, spectre debout devant nous à l’horizon, projette son ombre, comme une menace de deuil, sur toute aspiration