Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/232

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l’Hespéride mystérieuse pour en cueillir le fruit doré, et colonise en passant Carthage et Cadix. Plus tard, la civilisation invente la boussole ; Colomb traverse l’Océan et heurte l’Amérique en croyant aborder l’Asie à revers. Aussitôt l’Hespéride prend son vol à travers l’Atlantique, et l’Europe envahit le nouveau continent de toutes parts, pour ramasser l’or, ce produit immédiat, le seul capable d’indemniser de suite les frais de déplacement, et, en cherchant l’or, elle dépose sur la grève du Nouveau-Monde sa propre civilisation. Restait enfin une dernière part immense de la Mappemonde à coloniser à l’ouest de l’Amérique, et voici que l’Hespéride reparaît tout à coup d’abord sur le San-Francisco, et ensuite en Australie.

Sachons donc comprendre, à la persévérance des signes, la volonté préméditée des pas de l’histoire. Le doigt de quelqu’un est là. Au nombre des bornes déjà dépassées, nous pouvons prophétiser les routes encore à parcourir. Le ciel est lourd, le temps est immobile en ce moment. Ne nous inquiétons pas de cette halte de l’histoire. C’est le quart d’heure de grâce accordé à tout ce qui va mourir. Quelque chose de grand couve au fond des cœurs. Déjà nous sentons passer dans l’air je ne sais quels mystérieux courants de l’esprit. Ouvrons nos fenêtres et aspirons l’air de vie à pleine poitrine.