Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/24

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


tant toujours le même mot, répétant toujours le même geste, à la même heure, de la même façon, invariablement, infatigablement, avec l’exactitude et l’impassibilité de l’ombre silencieuse errante, avec le soleil autour du cadran.

Que fait-il après cela ? Il mange peut-être ? Hélas ! oui ; car la nature lui impose encore l’obligation de manger. Mais jeûner vaut mieux, et il jeûne de préférence. Et ensuite, il remue, n’est-ce pas ? il agit ? Nullement. L’immobilité est plus voisine de la perfection que le mouvement, et l’inertie que l’action. Alors il passe son temps à dormir ? Vous n’y êtes pas ; il veille, au contraire, à l’heure du sommeil, car, pour tromper la vie, cette colère du Dieu vengeur tombée sur sa tête, et : lui rendre défi pour défi, il la brutalise, il la contredit, la forçant à jeûner quand elle veut manger, et à veiller quand elle veut dormir.

Ce suicide en détail et en longueur, par voie de fait sur chaque organe, est probablement alors une manière ingénieuse de forcer le corps à donner sa démission, pour posséder et pour exercer en toute liberté sa volonté et sa pensée ?

Sa volonté ? il l’a mise en gage ; c’est le coup de cloche qui veut pour lui ou plutôt lui dicte ce qu’il doit vouloir. Sa pensée ? il l’a mise en dépôt derrière la grille du confessionnal, et il ne la reprendra que dans le tombeau. À quoi pourrait-il d’ailleurs occuper son âme sous le soleil ? à savoir ? Mais la science