Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/27

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voie au premier souffle du printemps sur votre tempe meurtrie au contre-coup douloureux de la pensée d’un moine dans votre pensée.

Mais en attendant vous dites avec ce moine que la douleur est méritée, que la douleur est méritoire, que la douleur est le remède de la douleur, et que souffrir est le moyen de cesser de souffrir. La douleur est méritée ? la douleur est méritoire Quelle langue parlez-vous là, et dans quel siècle vivons-nous pour l’entendre ?

L’horloge du monde est-elle dérangée, et, tournant en sens inverse, a-t-elle ramené l’humanité à six siècles en arrière ?

Et quand votre propre conscience vous demande le pourquoi de ce système de vaccine de la douleur par la douleur, appliqué à l’humanité, vous répondez timidement par un peut-être ; vous n’avez à votre service d’autre preuve, qu’un à peu près, d’autre argument que l’argument du doute : un peut-être ; et c’est cependant, avec cette possibilité, cette hypothèse de possibilité que vous combattez la doctrine du progrès et que vous proclamez l’excellence de la souffrance. L’intelligence en pareille matière ne se paye pas d’une supposition. Elle veut une démonstration pleine, entière, de fait et de raisonnement. L’avez-vous ? donnez-la. Si vous ne l’avez pas, cessez d’affirmer, tout au plus avez-vous le droit de douter.

J’ai mérité de souffrir, dites-vous, avant de naître, et Dieu m’inflige la vie comme une punition. Mais avais-