Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/28

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je demandé la vie au Seigneur ? Pourquoi me l’a-t-il donnée, s’il doit me punir du don qu’il m’a fait lui-même ? Que n’a-t-il plutôt frappé les entrailles de ma mère de stérilité ? Qu’est-ce donc que le créateur qui condamne en créant, qui crée pour avoir une occasion d’assouvir sa colère de vieille, date, et qui laisse tomber chaque âme de sa main comme un arrêt ? Et ce n’est pas tout, il me châtie pour une faute que je n’ai pas commise, pour une faute que j’ignore, comme si l’être pouvait être confondu avec l’être, le moi avec le toi ; comme si je pouvais porter la responsabilité d’un autre et lui infliger la mienne, par je ne sais quel communisme d’action. Il me frappe par conséquent en pure perte, bien plus il me frappe uniquement pour avoir l’occasion de me frapper encore plus cruellement, sans doute, dans une autre vie ; car du moment que je n’ai pas l’explication de mon supplice, je redresse la tête sous le coup, et je perds par conséquent le bénéfice de l’expiation.

Dieu a mis en moi une notion de justice qui dit que toute faute est personnelle comme la liberté, et que toute punition doit l’être aussi, mais à cette notion vous nous opposez un protocole de quatre mille ans qui dit que la faute échappée à l’origine du monde à notre premier aïeul, est reversible de père en fils jusque sur la tête de la dernière génération ; et lorsque ensuite égaré sur la terre entre ces deux contradictions qui ne sont ni l’œuvre ni le fait de ma volonté ou de