Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/50

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tre eux, encore échauffés de l’odeur de la poudre, devisaient à haute voix du glorieux coup de collier de l’armée. Le troisième, au contraire, avait bravement payé de sa personne, et par cette raison il croyait avoir conquis le droit de dormir. — Silence, cria-t-il à ses compagnons de chambrée. — Qui te parle à toi ? lui répondit l’un d’eux, et ils reprirent la conversation.

Si donc vous me dites à votre tour : Qui te parle à toi ? je vous répondrai : Vous-même, puisque je reposais sur la foi d’une vérité, et que vous troublez mon repos.

Maintenant que la vérité a repris sa place sur les divers chefs d’accusation, je vais essayer de répondre aux autres arguments que vous opposez à la religion du dix-neuvième siècle. Je le ferai avec respect. Si, par hasard, je laisse échapper un mot de trop, je n’ai rien dit, je le retire d’avance. Mais si j’apporte simplement dans la discussion quelque vivacité, je compte assez sur votre grandeur d’âme pour faire la part de ma situation. Cette question de progrès me touche, si j’ose le dire, de plus près que personne. Tandis qu’elle n’est peut-être pour vous qu’une thèse en passant, avec cette annotation : pièce à revoir ! elle est pour moi toute ma vie, toute mon âme de la première à la dernière fibre, toute mon œuvre ici-bas, ma foi et mon espérance.

Je n’ai de raison d’être intellectuellement et moralement que par la doctrine du progrès, et pour l’apostolat de cette doctrine. Si elle est fausse, j’ai fait métier d’erreur, j’ai menti, je mens, ou plutôt l’étude, la ré-