Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/54

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Seulement comme les volcans suintaient de toutes parts à travers les fentes de granit, et versaient dans l’air des nuages d’acide carbonique, les plantes, gorgées de carbone et surexcitées d’ailleurs à la végétation par la chaleur d’une vase encore échauffée, montaient rapidement à une prodigieuse hauteur. Les fougères, retenues aujourd’hui à fleur de terre, dépassaient, dans leur débauche de croissance, les cimes les plus élevées de nos futaies. Mais ces forêts primitives n’étaient au fond que les gigantesques inexpériences d’un monde encore novice à multiplier et à varier les décorations de ses paysages.

Après la plante, l’animal ; c’est l’ordre. Mais quels sont sur ces eaux troubles, sur ces boues chaudes, à travers ces herbes emportées par une séve en délire au delà de toute exagération, dans ces jours opaques ou plutôt dans ces crépuscules noyés de vapeurs, les premiers témoins vivants, les premiers commensaux de la planète ? Des mollusques, germes grossiers de la matière animée, des poissons, des amphibies, des sauriens, des tortues écrasées sous leurs immenses boucliers, des crocodiles au cou démesuré, des plésiosaures, des mégalosaures, espèces de reptiles titans, condamnés à ramper, à pétrir le cloaque, à tirer de leurs courtes pattes leurs lourdes charpentes, et à creuser dans la fange sur leur passage de longues ornières.

Plus tard, la planète évaporée à l’air forme un sol et