Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/66

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Jusqu’alors elle avait créé matériellement et marché à grands pas d’une espèce à l’autre, parce que l’animal est tellement égalitaire, tellement semblable à son voisin, que le genre seul constitue, à proprement parler, l’individu. Une abeille, c’est toute la ruche, rien de plus, rien de moins et aussi longtemps que la terre tournera dans l’espace.

Mais une fois incarnée, infuse dans l’humanité, l’âme motrice de la planète, laisse derrière elle toutes les races antérieures, comme des créations épuisées, définitives, enfermées dans des cadres inflexibles, et elle reprend, à partir de l’homme et sans sortir de l’homme ; la série de ses progrès, en créant, cette fois-ci, non plus des corps, mais des idées ; non plus des races, mais des civilisations.

Une même loi de progrès, diverse dans ses résultats, mais une dans son principe, embrasse ainsi la terre et l’humanité à la fois. Natura sibi consona, a dit Newton. La Providence est toujours conséquente avec elle-même. Dans la chaîne d’or de ses créations elle a voulu rattacher par une série infrangible d’anneaux l’histoire naturelle à l’histoire.

Et dans l’histoire naturelle comme dans l’autre histoire, elle révèle son évolution au même caractère, l’accroissement de vie ; chez l’animal, être purement physiologique, sensible ou instinctif, l’accroissement de vie par plus d’organes de sensations ou d’instincts ; chez l’homme, être sensible aussi, mais encore moral, mais encore intelligent, l’accroissement de vie par plus de