Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/68

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pée de la mer, arrosée en ordre, parée de verdure et approvisionnée de son immense mobilier, inanimé ou animé, depuis le marbre jusqu’au minerai, depuis l’insecte jusqu’au taureau.

Le vent souffle, le fleuve coule, la plante fleurit, et l’animal, type unique en réalité, mais rayonnant, mais progressant à l’infini vers un idéal suprême encore absent, glisse, nage, court, bondit, vole, sur l’herbe, sous l’eau, dans la plaine, dans la forêt, dans le nuage.

Et tout à coup voici qu’au milieu de cette ménagerie, errante de l’arbre à l’arbre et de la fleur à la fleur, un dernier acteur entré en scène, venu on ne sait d’où ni comment, mais marqué d’un signe à part, mais jeté là probablement à l’essai, et, à en juger par le premier aspect, en état de disgrâce.

Jusqu’alors la nature avait tout fait par elle-même, tout préparé pour l’animal. Elle pensait pour lui, prévoyait pour lui, et lui ménageait, dès le premier jour et à jamais, l’armure offensive et défensive nécessaire à son existence ; telle latitude, telle fourrure ; telle nourriture, telle organisation.

Est-il lion ? un bond, et il étend sur le sable son festin.

Est-il faucon ? un coup d’aile, et il foudroie sa proie dans l’espace.

Est-il cheval ? il broute l’herbe en paix, et l’herbe pousse partout.

L’animal vit au complet et définitivement et perpé-