Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/81

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meil ; il mettait la main sur son cœur, et tout un monde de beauté flottait dans son imagination ; il pensait, et la science laissait tomber son voile devant son regard ; il parlait, et l’hymne flottait sur sa lèvre ; il tombait, et la gravitation suspendait pour lui la rigueur de sa loi de pondération ; il dormait, et une brise inconnue l’enveloppant d’une moelleuse atmosphère comme d’une tente invisible, écartait soigneusement de cette tête précieuse pleine d’une joie divine la foudre et la pluie, la neige et la rafale.

En un mot, Dieu acheminait l’homme de bonheur en bonheur à travers un perpétuel miracle, par un perpétuel coup d’État contre ses propres lois, pour épargner au favori de la terre jusqu’à l’apparence d’une douleur et l’insolence d’un pli de rose sur son épiderme.

J’accepte tout cela, je crois tout cela ; j’ai vu moi aussi en songe cette porte fermée où l’ange monte la garde une épée de feu à la main. C’est bien, nous sommes d’accord : l’homme de l’Eden sait tout d’un seul coup sans avoir rien appris ; il connaît tout sans avoir rien vu ; il possède la plénitude de la sagesse, et le premier usage qu’il en fait c’est de la perdre aussitôt ; il possède la plénitude de la vertu, et le premier emploi qu’il en trouve c’est de commettre un crime si gros d’abomination que Dieu, pour égaler la punition au forfait, va punir au-dessous du coupable déjà châtié dans l’éternité de sa vie future, l’innocence du fils et du fils du fils encore à naître, jusqu’à la dernière génération.